« Une fleur qui voudrait juste pouvoir pousser dans vos cœurs »
« Je m’appelle Fleur Kemite, je viens du Cameroun plus particulièrement la ville de DOUALA. Le Cameroun n’est pas très stable, y a des problèmes politiques économiques. Au Cameroun, j’étais à l’école public de la 6e jusqu’en 4e. Après la rupture de mes parents, c’était compliqué de vivre. J’ai dû vivre avec ma grande sœur. C’est de là qu’elle m’a emmené avec elle dans ses voyages : J’avais 15 ans.
Elle avait un rêve, celui de pouvoir réaliser le métier qu’elle aimait bien la coiffure en Europe, elle m’a emporté avec elle. On a dû voyager dans des conditions compliquées pour pouvoir parvenir en Europe. Au début je ne savais pas que c’était de cette façon. On a vécu des trucs affreux et durs, des sommeils avec de la peur, y a pleins de choses qui se sont passées sur la route, et au final elle n’a pas pu aboutir à son rêve, je me suis retrouvé dans l’eau sans elle.
Elle n’a pas pu continuer son voyage, j’ai dû traverser l’eau tout seul, je suis arrivé en Espagne puis j’ai été redirigé par une association pour arriver en France.
Quand je suis arrivé en France j’ai constaté que c’était un monde différent. J’ai d’abord eu peur. Je ne savais pas quoi faire. J’ai été mis dans un foyer France terre d’asile avec des jeunes de mon âge. On dormait et ont été nourri, après j’ai passé des interviews et j’ai été pris en charge par l’ASE. J’ai été transféré à l’Audasse à Carvin. J’ai rencontré d’autres jeunes comme moi, des professionnels. Je n’ai pas tout de suite compris l’objectif, le rôle des éducateurs. J’étais un peu en retrait, j’ai rencontré Philippe mon éducateur, Habiba, Nora, Jamila, Estelle, beaucoup de professionnels qui ont œuvré pour me faire comprendre comment arriver à mes objectifs et comment vivre en France. Il faut que je continue à aller à l’école.
Ils m’ont montré comment vivre en France. A partir de là, j’ai eu moins peur, j’étais plus à l’aise. J’ai réussi à l’école. J’ai eu mon Bac.
Quand tu es jeune, tu ne sais pas faire tout seul, c’est un peu difficile mais grâce aux indications, aux conseils, le suivi des professionnels sur l’entretien du logement, comment se faire à manger, ça a fait en sorte que j’ai développé cette autonomie.
Je me suis senti accompagné. Je n’étais pas sûre d’y arriver, j’avais des doutes. Aujourd’hui, j’ai eu mon bac. Je suis en BTS MS maintenance des systèmes. Je peux devenir technicien d’exploitation. J’habite en autonomie au début c’était dur la vie d’adulte, j’apprends tous les jours mais grâce à l’accompagnement de Titouan j’arrive à gérer.
Si j’avais un conseil à donner aux jeunes qui arrivent : c’est de ne pas avoir peur, de ne pas rester en retrait, d’être à l’écoute des professionnels qui sont là pour accompagner à l’autonomie et savoir vivre en France. Si il y a des éducateurs, c’est pour nous aider à vivre en France parce que ce n’est pas le même rythme de vie, c’est pour notre avenir. S’il n’y avait pas de professionnels, il n’y aurait pas de jeunes.
Mon meilleur souvenir, c’est que j’ai rencontré des personnes qui font le travail avec le cœur, je me suis senti en famille, je suis resté en contact avec les personnes que j’aime bien et que j’aimerai toujours, ils m’ont transmis des bonnes habitudes de bonnes règles à respecter.
Mon mauvais souvenir, c’était mon départ quand j’ai quitté l’association, c’est quand je suis parti à ma majorité, pour vivre seul dans mon appartement. Les premiers jours, les premières semaines étaient difficiles, je m’ennuyais, la solitude, j’étais bien en famille donc c’était difficile de partir.
Aujourd’hui, j’ai envie d’obtenir mon diplôme avoir mon permis qui est en cours, me marier, acheter une maison en France, retourner au Cameroun pour les vacances, mais je veux faire de la France mon pays, mon pays d’accueil »…
Je remercie Fleur pour sa confiance. J’espère que ce témoignage saura toucher vos cœurs, éveiller les émotions et les consciences.
Je partage également avec vous deux textes que Fleur avait écrit lors d’un atelier écriture encadré par un artiste comédien et par les professionnels de Titouan :
Habiba ELMANNANI, Animatrice MECS TITOUAN
« L’injustice »
Je m’appelle Fleur, prénom donné à ma naissance, sorti d’un ventre tout comme vous.
Je grandis et je constate que j’ai :
Un cœur qui bat
Un cerveau qui réfléchit et qui reçoit des tonnes d’informations, majoritairement injustes…
Des divisions
Des injustices causées par nous-mêmes les êtres humains !
Je ne pointe pas du doigt une seule communauté humaine mais toutes.
On retrouve de l‘intérêt personnel dans chacune.
« Est-ce possible que ça s’arrête un jour ? »
« Où sont les autres belles âmes pour pousser la voix ? »
Je m’appelle Fleur, une fleur qui voudrait juste pouvoir pousser dans vos coeurs.
« Des trucs rigolos »
Ici, les gens ne mangent pas beaucoup…
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CHEZ MOI : On dose !!! On remplit l’assiette….
Ce qui est plutôt bien ici, c’est la ponctualité. Les gens sont à l’heure.
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CHEZ MOI : AÏE AÏE AÏE !! Si tu veux que quelqu’un arrive à 14H….. il faut lui dire 12H !!
Ici, tu as le droit de faire la grève, tu es écouté (enfin pas toujours).
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Alors que CHEZ MOI si tu es trop fâché, ta grève tu l’as fait à la maison !!
Ici, dans les écoles, il n’y a pas beaucoup de matières en classe, et les cours sont bien répartis. Il y a même des foyers pour s’amuser pendant les heures de permanence.
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CHEZ MOI c’est compliqué à partir de la 6ème ! On a au moins 26 matières en classe, il n’y a pas de permanence, pas de foyer, et le soir à la fin des cours, les élèves sont K.O. !
Ici, le policier quand il t’approche c’est poliment, même si le problème est grave.
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CHEZ MOI c’est le contraire, le policier commence par te brutaliser et après on parle… !

