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« Ça fait un an que je vis en Italie »

Un projet lauréat du Conseil départemental du Pas-de-Calais

Tiphanie a commencé sa carrière dans la restauration, puis a enchaîné les expériences auprès des jeunes : surveillante dans un lycée, animatrice en centre de loisirs, entraîneuse d’équipes de handball. D’une expérience à l’autre, elle est guidée par le goût des relations humaines et cette facilité naturelle à aller vers les autres. C’est ainsi qu’elle découvre l’AUDASSE il y a six ans. Depuis, grâce à une VAE, elle est devenue éducatrice spécialisée et s’investit pleinement dans son métier.

Après un premier séjour mené avec des jeunes à Londres, puis un autre à Barcelone, tous deux très appréciés, l’envie d’imaginer un projet plus ambitieux a progressivement émergé. À la suite de plusieurs échanges informels autour de ces envies de mobilité, Thierry Boockstael, directeur du Pôle Enfance lui a présenté un appel à projets du Conseil départemental consacré à la mobilité européenne et internationale. L’occasion a été saisie. Tiphanie a ainsi piloté un projet éducatif de dix mois, lauréat de cet appel à projets et bénéficiant d’une subvention de 15 000 euros. En juillet dernier, douze adolescents confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) sont partis seize jours en Italie et ont traversé plusieurs villes du Nord au Sud de la péninsule.

Ce n’était pas qu’un voyage. C’était l’aboutissement de plusieurs mois de travail.

Le groupe Clairière de la MECS Benoît Labre accueille une dizaine d’adolescentes âgées de 13 à 17 ans : un groupe de jeunes curieuses, avides de découvertes. « Ce qui nous a frappés, c’est que, dès qu’on leur proposait quelque chose de culturel, elles accrochaient tout de suite. Le Parlement européen, des expositions… Elles étaient là, elles posaient des questions. On a un super groupe, vraiment. » C’est notamment de ce constat qu’est née l’envie de l’Italie : un pays au patrimoine culturel exceptionnel, relativement proche et qui semblait particulièrement adapté à ce groupe.

Un projet construit de A à Z

Ce qui distinguait le projet Italie d’un séjour classique, c’est sa durée : pas quinze jours en juillet, mais dix mois de travail continu, de janvier à octobre. L’équipe a en effet choisi d’ouvrir le séjour aux autres groupes de la MECS afin d’en faire un projet transversal. Les douze adolescents participant au voyage étaient ainsi issus de plusieurs groupes de l’établissement.

Pendant plusieurs mois, Tiphanie a animé avec eux des ateliers réguliers : quiz sur l’Italie, gestion d’un budget de voyage, préparation de la valise, élaboration collective des règles de vie, gestion des émotions face à l’imprévu… Chaque atelier a été pensé comme un outil éducatif à part entière, et non comme un simple prétexte à la destination.

« On leur a expliqué dès le départ que ce n’était pas juste des vacances. Qu’il y avait un engagement. Qu’ils allaient travailler des choses, même s’ils ne s’en rendraient pas forcément compte sur le moment. »

Et cela a fonctionné. À chaque fin d’atelier, des jeunes d’autres groupes l’interpellaient dans les couloirs : « C’est quand, le prochain ? »

Le mois de juin a été consacré à une lettre que chaque adolescent s’est écrit à lui-même ses peurs, ses espoirs, ce qu’il promet au groupe. L’enveloppe restera cachetée jusqu’à la rentrée. Pour qu’au retour, chacun puisse mesurer lui-même ce qui a changé.

Un projet qui a fait évoluer nos cadres de travail

Monter un séjour de seize jours avec des jeunes protégés ne s’improvise pas. Et cela ne se décrète pas non plus. Depuis 2013, les éducateurs de l’AUDASSE ne pouvaient pas partir plus de cinq jours en séjour avec un groupe. Un cadre qui avait ses raisons, mais qui rendait impossible l’organisation d’un projet de cette ampleur. Lorsque le projet Italie a pris forme, la direction aurait pu s’arrêter à cet obstacle. Elle a fait un autre choix.

Un travail de fond a été engagé avec le CSE afin de parvenir à un nouvel accord. Concrètement, les éducateurs peuvent désormais partir plus longtemps avec les jeunes, ouvrant ainsi la voie à d’autres groupes qui souhaiteraient, à leur tour, imaginer des projets de cette envergure.

« L’idée, c’est aussi de faire émerger des envies chez les autres, explique Tiphanie. Montrer que c’est possible. »

Le portrait d’une éducatrice

Ce qui définit peut-être le mieux Tiphanie, au-delà de son parcours, c’est sa façon de travailler. Elle cherche des financements pour limiter l’impact des projets sur le budget de la structure. Elle a également échangé avec une structure italienne afin d’organiser une correspondance entre les jeunes, avec de vraies lettres plutôt que des messages numériques, parce que cette idée lui tient à cœur. Elle pense déjà à un projet pour 2027, avec une piste du côté de l’Islande, autour du dépassement de soi.

« J’aime bien trouver des solutions. Même quand ça bloque, j’aime bien chercher le petit truc qui va faire que ça avance. »

Ce n’est pas de l’activisme pour l’activisme. C’est une conviction que les jeunes qu’elle accompagne méritent qu’on se donne du mal. Que l’expérience exceptionnelle de partir à l’étranger pour la première fois, se repérer dans Venise, gérer son argent à Naples peut changer quelque chose de réel dans un parcours.

« La première réaction des jeunes quand on leur a annoncé, c’était : “Pourquoi moi ?” Ils n’y croyaient pas vraiment. Et c’est exactement pour ça qu’on le fait. »

Une aventure vécue en juillet dernier

Dans la nuit du 10 au 11 juillet, les douze adolescents, issus de plusieurs groupes de la MECS, ont pris la route pour seize jours d’itinérance en Italie. Au programme : Côme, Milan, Venise, Florence, Naples, Pompéi, Rome, Pise et Cinque Terre. Quatre éducateurs les ont accompagnés : Tiphanie et Jérémy, du groupe Clairière, ainsi que Myriam et Grégory, du groupe Peupliers. 

À leur retour, de nouveaux ateliers d’évaluation sont prévus, ainsi qu’une exposition photo et la réouverture des lettres écrites avant le départ. Une restitution au sein de la MECS a également été envisagée avec les professionnels, les jeunes, les parents et les différents partenaires du projet.

Tiphanie a par ailleurs été sollicitée par la personne en charge du dispositif au sein du Département afin de présenter le projet dans l’hémicycle du Conseil départemental, devant les élus du Pas-de-Calais.  Cette expérience marque l’aboutissement d’un projet éducatif ambitieux, pensé sur plusieurs mois et porté collectivement par les jeunes et les professionnels.

Nous vous partagerons les témoignages et les retours des bénéficiaires dans notre prochaine newsletter.

Projet financé par le Conseil départemental du Pas-de-Calais dans le cadre de l’appel à projets « Mobilité européenne et internationale ».